Sébastien Lecornu va demander aux partenaires sociaux de contribuer sur cinq thématiques


·         Dans la foulée de ses rencontres avec les organisations syndicales et patronales, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé, le 24 septembre, qu’il invitera dans les prochains jours les partenaires sociaux à contribuer sur cinq thématiques, dont la modernisation du marché du travail et le financement de la protection sociale. Jugeant insuffisantes les réponses apportées à ses revendications, l’intersyndicale a, de son côté, appelé à une nouvelle journée de mobilisation le 2 octobre. Quant au Medef, il organisera un « grand meeting patronal » le 13 octobre.

Alors que son gouvernement n’est pas encore constitué et que les arbitrages budgétaires sont encore loin d’être bouclés, le Premier ministre a annoncé via un communiqué de presse du 24 septembre qu’il allait prochainement inviter les partenaires sociaux à travailler sur cinq grandes thématiques. L’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires) reçue le matin même à Matignon et estimant que Sébastien Lecornu ne leur avait pas apporté les réponses attendues, a annoncé une nouvelle journée de mobilisation le 2 octobre. Pour leur part, les organisations patronales ont été reçues dans l’après-midi du 24, et le Medef a confirmé la tenue d’un meeting le 13 octobre prochain pour réorienter le débat économique.

Les partenaires sociaux seront appelés à se saisir de cinq thèmes

Le Premier ministre adressera dans les prochains jours un courrier aux partenaires sociaux pour leur demander leur contribution sur cinq thématiques. La nature de cette contribution n’est pas encore définie, mais pourrait donner lieu à l’ouverture de négociations interprofessionnelles.

• Comme son prédécesseur, Sébastien Lecornu entend ouvrir des travaux autour de la modernisation du marché du travail (v. l’actualité nº 19342 du 12 août 2025). Les questions centrales sur ce sujet seront de savoir comment favoriser l’insertion rapide des jeunes sur le marché du travail et comment le fluidifier.

• Les partenaires sociaux seront invités à ouvrir le chantier du financement de la protection sociale. Ils devront s’interroger sur la part du travail dans ce financement et sur ses alternatives. Ils devront aussi se pencher sur l’équilibre financier pour notre système d’assurance maladie et des retraites.

• La réindustrialisation et la souveraineté économique de la France seront aussi au programme. Ce thème inclut le renforcement du tissu économique face aux tensions géopolitiques et l’anticipation des mutations économiques. Il couvre aussi le développement des compétences des salariés pour s’adapter à l’évolution du modèle économique.

• En matière de conditions de travail et de qualité de vie au travail, les partenaires sociaux devront aborder l’amélioration de la prévention et la manière de mieux protéger les salariés grâce à une protection sociale complémentaire.

• Un chantier sera aussi ouvert sur la question du renforcement du paritarisme. Les réflexions se concentreront sur l’avenir du paritarisme, y compris au niveau local, et sur le renforcement des compétences des partenaires sociaux dans la gouvernance de la sécurité sociale.

Le Premier ministre, qui a déjà rencontré les organisations syndicales et patronales à plusieurs reprises notamment en bilatérale et avant même la formation de son gouvernement, a exprimé son attachement au dialogue social et sa confiance dans la démocratie sociale et le paritarisme. Il a aussi indiqué sa volonté de « revoir les partenaires sociaux dans les prochains jours pour parler plus précisément du budget et du projet global qu’il portera ».

Un appel à la mobilisation le 2 octobre lancé par l’intersyndicale

Dans l’attente de nouveaux rendez-vous, il n’en reste pas moins que la rencontre organisée par le Premier ministre le 24 septembre au matin pour répondre à l’ultimatum qui avait été lancé par l’intersyndicale dans la foulée de la mobilisation du 18 (v. l’actualité nº 19369 du 22 sept. 2025), n’a pas franchement convaincu. À leur sortie de Matignon, dans un communiqué de presse commun, les huit organisations syndicales ont dénoncé « une occasion manquée », Sébastien Lecornu n’ayant apporté « aucune réponse concrète aux attentes du monde du travail » et à leurs revendications. En conséquence, « l’ensemble des organisations syndicales appelle à amplifier la mobilisation lors d’une nouvelle journée d’action et de grève interprofessionnelle le jeudi 2 octobre », soit deux semaines jour pour jour après les manifestations massives du 18 septembre.

« Abandon de l’ensemble du projet de budget » présenté le 15 juillet par François Bayrou (année blanche, réforme de l’assurance chômage, etc.) et du recul de l’âge légal de départ à la retraite, « conditionnalité sociale et environnementale » des aides publiques aux entreprises privées, mise en place de dispositifs de taxation des très hauts revenus, les mots d’ordre sont nombreux. Pour l’heure, le seul potentiel motif de satisfaction résiderait dans le fait que l’enterrement d’une nouvelle réforme de l’assurance chômage semble « bien parti », a indiqué la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, à la sortie de Matignon le 24 septembre.

Un meeting patronal attendu le 13 octobre

Également reçues le 24 septembre par le Premier ministre, les trois organisations patronales représentatives (Medef, CPME et U2P) ont salué, à leur sortie de Matignon, le maintien par l’exécutif de la politique de l’offre. Dans la foulée, le président du Medef, Patrick Martin, a confirmé la tenue d’un « grand meeting patronal » le 13 octobre prochain, avec pour objectif clairement affiché de reprendre la main sur des discussions jugées trop centrées sur les « super-riches ». « Il nous paraît nécessaire de rééquilibrer un débat qui a été préempté par certains et qui sature les ondes », a-t-il justifié, précisant que l’événement « embarquerait un très grand nombre d’organisations patronales ». Il assure qu’il ne s’agira pas d’un « meeting contre Sébastien Lecornu ou contre un gouvernement qui d’ailleurs n’est pas encore constitué, ni contre un budget qui n’est pas encore écrit », mais d’un appel à la relance économique. La première organisation patronale de France entend y tenir un discours « un peu alarmiste » sur la tournure du « débat fiscalo-fiscal » actuel, tout en avançant des propositions. « Ce pays a besoin de perspectives, de se réenchanter », a-t-il lancé. Mais cette initiative ne fait pas l’unanimité : l’U2P a d’ores et déjà indiqué son refus d’y participer, regrettant de ne pas avoir été consultée en amont. Quant au président de la CPME, Amir Reza-Tofighi, il a fait savoir qu’il soumettrait la décision à ses instances (avec l’AFP).