Le 17 janvier, le Premier ministre a réuni les numéros un des organisations syndicales et patronales pour poser les bases de la concertation sur l’amélioration de la dernière réforme des retraites. Celle-ci s’achèvera fin mai, mais le périmètre et le calendrier exacts des discussions restent encore à définir. Cette première réunion a mis en évidence des divergences persistantes entre les syndicats, toujours farouchement opposés au décalage progressif de l’âge légal de départ à 64 ans, et le patronat qui avait soutenu la réforme.
Trois jours après sa déclaration de politique générale (v. l’actualité nº 19204 du 16 janv. 2025), François Bayrou a lancé, le 17 janvier, le « conclave » sur les retraites, avec un premier rendez-vous de « méthode » qui s’est tenu au ministère du Travail en présence de quatre ministres et des partenaires sociaux représentatifs, auxquels s’ajoutent côté syndical l’Unsa et côté patronal l’organisation agricole FNSEA, ainsi que de la DGAFP (Direction générale de l’administration et de la fonction publique). Les discussions entreront dans le dur après la remise des chiffrages de la Cour des comptes, attendus le 19 février. En cas d’accord, même partiel, le gouvernement s’est engagé à le retranscrire dans un projet de loi soumis in fine au Parlement.
Concertation jusqu’à fin mai
François Bayrou a fixé à la « fin mai » l’objectif d’un compromis entre les partenaires sociaux sur les retraites. « Cette idée qu’ils vont partager des mois et des mois de travail, pour moi, c’est une idée fructueuse », s’est-il réjoui à la sortie de cette séance inaugurale, déplorant l’état de « blocage général » dans lequel se trouve la France. Affichant son optimisme, il a dit « faire confiance » au dialogue social, et à cette démarche « constructive » et « nouvelle » : « je pense qu’on peut progresser ensemble, trouver des réponses peut-être même qu’on n’avait jamais imaginées », a-t-il assuré.
Les travaux ne démarreront qu’à l’issue de la mission flash de chiffrage sur le financement du système, confiée à la Cour des comptes. Celle-ci rendra son rapport le 19 février, a annoncé le Premier ministre. Objectif : « partir d’un constat le plus indiscutable possible », a-t-il indiqué aux participants à la réunion, qui demandaient une clarification sur les chiffres donnés lors de la déclaration de politique générale, certains contestant également l’absence d’implication du COR (Conseil d’orientation des retraites). En raison notamment du déséquilibre du régime des fonctionnaires, François Bayrou considère que le déficit des retraites est bien plus lourd que celui calculé par le COR. « Les travaux du COR sont une base essentielle d’analyse », a reconnu le Premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, en conférence de presse la veille, précisant qu’une « contradiction » aura lieu, avec des échanges entre la Cour des comptes, les administrations, ainsi qu’avec le COR.
Périmètre contesté
Sur le fond, François Bayrou a confirmé que tous les sujets pourraient être à l’ordre du jour, « sans tabou » : usure professionnelle, égalité hommes/femmes, gouvernance… et même l’âge légal de départ. À la condition que les mesures proposées soient financées pour ne pas aggraver le déficit du système. Mais pour la numéro un de la CGT, Sophie Binet, la réunion a « été l’occasion de constater l’ampleur des désaccords » autour de la table. Face aux organisations syndicales « unies ce matin pour dire que 64 ans, c’est toujours non », « le patronat a rappelé son attachement à la réforme, il a martelé son refus d’augmenter le financement de nos régimes de retraite », a-telle déploré.
Un autre désaccord pointe déjà s’agissant du périmètre des discussions : « la question des retraites touche à la fois le privé et la fonction publique », estime en effet le Premier ministre, considérant que « c’est une question générale de la société française » et qu’il faudra donc l’aborder dans ces deux dimensions. « Cela conduirait, c’est très dangereux, à faire payer les salariés du privé pour la retraite des fonctionnaires et ainsi à dégrader la retraite de l’ensemble des salariés du public comme du privé », répond Sophie Binet (CGT). Même son de cloche côté patronat : « l’engagement direct du Medef porter[a] logiquement sur le seul périmètre des régimes de retraites du secteur privé », a averti son président Patrick Martin dans une déclaration. « Une éventuelle révision de la réforme des retraites ne saurait porter atteinte à son rendement ni conduire à un alourdissement du coût du travail, alors que la conjoncture est tendue et que l’intensité de la compétition internationale va s’exacerber dès les prochaines semaines », a-t-il ajouté. La question des retraites du privé « est suffisamment complexe », sans avoir à y ajouter « la dimension des retraites publiques qui doivent être traitées dans un autre cadre », a résumé de son côté le président de l’organisation patronale U2P, Michel Picon. À la demande des syndicats, la FSU et Solidaires devraient en tout cas rejoindre les discussions pour les aspects concernant les retraites de la fonction publique.
